La cérémonie de commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918 s'est imposée au lendemain de la Grande Guerre comme un temps fort de la vie publique française. Longtemps portée par les anciens combattants, cette journée commémorative est notamment devenue une occasion pour les chefs de l'Etat de revaloriser le "roman national". Retour sur les 11-Novembre les plus marquants de ces cent dernières années.

- 1918, L'ARMISTICE
L'annonce au début du mois d'octobre 1918 de la demande d'armistice de l'Allemagne surprend l'opinion française. Tout au long de ce mois, celle-ci oscille entre l'espoir de la fin de la guerre et la crainte d'une paix prématurée dont l'Allemagne ne sortirait pas suffisamment et symboliquement vaincue. "Le 7 novembre, une joie délirante éclate sur les grands boulevards à Paris à l'annonce (fausse) de la conclusion de l'armistice, explique l'historien Jean-Becker dans La Première Guerre mondiale (2003). Quand le lundi 11 novembre, l'armistice est réellement annoncé, une liesse, que certains ont décrite comme presque démente, se déchaîne à Paris, dans les villes de province et dans les moindres bourgades. Le président du conseil, Georges Clemenceau, est reçu à la chambre des députés au milieu d'acclamations frénétiques."

- 1920, LE SOLDAT INCONNU
La tombe du soldat inconnu est installée sous l'arc de triomphe de la place de l'Etoile à Paris le 11 novembre 1920. Ce soldat non identifié, reconnu français, représente tous les soldats tués au cours de la première guerre mondiale. L'historien américain, Jay Winter, rappelle dans L'Histoire (octobre 2013) qu'il s'agit au départ d'une idée britannique. Une première célébration des Alliés a lieu à Paris, le 14 juillet 1919, avec un grand défilé de "gueules cassées" sous l'Arc de triomphe. Cette cérémonie est imitée à Londres cinq jours plus tard.
A cette occasion, l'architecte Edwin Lutyens crée un cénotaphe en bois, qui devait être provisoire. Mais celui-ci est immédiatement adopté par la population britannique. Deux millions de personnes y déposent des fleurs ou des petits objets. Devant cette ferveur, le gouvernement britannique demande à Luytens de le refaire en pierre. Il devient le mémorial de la Grande Guerre au Royaume-Uni. Mais, ce cénotaphe n'étant pas de tradition chrétienne, on décide d'y placer le corps d'un inconnu qui porterait la mémoire de tous les disparus. Presque tous les autres pays belligérants ont ainsi imité le rituel britannique.
- 1922, UN JOUR FÉRIÉ POUR COMMÉMORER "LA VICTOIRE ET LA PAIX"
En 1921, le Parlement décide que le 11-Novembre serait commémoré le dimanche suivant cette date. Il n'est pas question d'accorder un jour férié supplémentaire. Mais, devant la manifestation des anciens combattants, les pouvoirs publics cèdent. Le 24 octobre 1922, le président Alexandre Millerand promulgue la loi faisant du 11-Novembre "la commémoration de la victoire et de la paix". Ce n'est qu'à partir de 1922 que ce jour devient férié. L'historien Antoine Prost souligne que pour les anciens combattants, il s'agit moins de commémorer la victoire que de rendre hommage aux morts.
- 1923, LA FLAMME EST ALLUMÉE
Gabriel Boissy, journaliste à L'Intransigeant, lance l'idée d'une "flamme du souvenir" sur la tombe du soldat inconnu. La flamme est allumée pour la première fois sous l'Arc de triomphe le 11 novembre 1923 par le ministre de la guerre, André Maginot. Depuis, elle est ravivée tous les jours à 18 h 30 par le comité de la flamme.
- 1938, L'UNITÉ NATIONALE
Pour le vingtième anniversaire de l'armistice, l'Etat faitvenir des anciens combattants de toute la France. Ceux-ci portent des flambeaux qui sont rallumés le soir sous l'Arc de triomphe. Quatre flambeaux partent rejoindreDouaumont, Notre-Dame-de-Lorette, Neuville-Saint-Vaast et Dormans. Le gouvernement, au lendemain des accords de Munich (29-30 septembre 1938), utilise le 11-Novembre pour renforcer symboliquement l'unité nationale.
- 1940, L'ACTE DE DÉFI DES ÉTUDIANTS
Cinq mois après le début de l’Occupation, des milliers d'étudiants se rendent au tombeau du soldat inconnu pourcrier leur hostilité à l’occupant allemand. Plus de 200 d'entre eux sont arrêtés pour avoir bravé l'interdiction formelle du commandement allemand et de Vichy. Certains sont maintenus plus d’un mois dans les prisonsde la Santé, de Fresnes et du Cherche-Midi.
- 1943, L'ACTE DE BRAVOURE DES MAQUISARDS
Le jour du 25e anniversaire de l'Armistice, les maquisards défilent dans les rues d'Oyonnax (Ain), en zone occupée, pour contrer l'image de terroristes que le maréchal Pétain voulait leur donner. Sur le monument aux morts, ils déposent une gerbe portant l'inscription "Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18".
- 1944, DE GAULLE ET CHURCHILL
Pour la première fois depuis cinq ans, "la France a le droit de regarder son ancienne victoire en face". Le général de Gaulle et Winston Churchill s'inclinent devant la tombe du soldat inconnu. La garde républicaine défile ensuite sur les Champs-Elysées, suivie par les troupes anglaises, écossaises et américaines.


















